• Les Jardins Reconnaissants

Le Jardin-Forêt de Sabine & Laurent

Suite à la visite de leur Jardin-Forêt naissant, Sabine et Laurent vous proposent un retour conté et illustré de leur incroyable projet permaculturel !

Nous les remercions pour leur chaleureux accueil, leur générosité et pour ce billet inspirant !




" C’est par une très ensoleillée journée du 8 août 2020, par 38°C à l’ombre, que la visite du futur jardin forêt a été organisée par les Jardins Reconnaissants. 20 belles personnes de toute génération, de tout horizon ont passé plus de 5heures ensemble.

La connexion s’est semble-t-il faite avec la nature mais aussi entre les participants qui rapidement ont échangé ensemble leurs connaissances et leurs expériences. Ce fut un très beau moment de partage !


Sabine, Laurent et leur fille Juliette ont investit un terrain agricole cultivé jusqu’alors en maïs conventionnel, il y a bientôt 2 ans pour y implanter un jardin forêt. Le couple travaille dans les métiers de la santé et le conseil juridique, mais s’intéresse depuis plusieurs années à la permaculture. S’occuper de ces 3,8ha est devenu leur principale activité de loisirs et l’objet de toute leur passion.



Le premier objectif du projet était d’installer un îlot préservé de biodiversité. Pour cela, 3 mares ont été creusées sur les conseils d’un sourcier dès l’achat du terrain, 2 mares en tractopelle et une à La Fourche bêche ! Une fois l’eau installée, libellules, grenouilles, insectes aquatiques, chevreuils, échassiers, hirondelles, hérissons, tritons sont arrivés en quelques semaines. Grâce à la présence de cette eau, il a été possible d’envisager de planter des arbres qui seraient arrosés par l’eau des mares.


Plus de 70 essences d’arbres ont été choisies. Le choix des arbres était fait selon plusieurs critères.


- Il devait être épanoui dans un sol très argileux et hydromorphe (supporter d’avoir les racines plusieurs mois par an dans l’eau et dans un sol très lourd).

- il devait être propice à héberger un maximum de biodiversité (abriter en toute saison oiseaux, insectes, mammifères...) - 30% de ces arbres devaient être fixateurs d’azote, c’est à dire capter l’azote de l’atmosphère et le stocker dans le sol et favoriser la croissance des plantes environnantes.

- que l’arbre choisi soit, soit nourricier, soit médicinal (noix, fruits, feuillage comestible, écorce) -qu’il soit fourrager

- qu’il soit brise vent surtout pour contrer un violent vent d’ouest

- qu’il puisse constituer une barrière défensive en haie contre le gros gibier (sanglier)

- que l’ensemble des arbres soient de différentes strates (canopée, arbustive, buissonnante).


Bref, un arbre c’est un élément en permaculture qui remplit de très nombreuses missions et crée par la même occasion, une plus grande résilience de la forêt et pour la biodiversité.


La présence de gibiers a nécessité de mettre, pour chaque arbre, des Gaines anti chevreuils. Le retour d’expérience montre aujourd’hui que cet élément remplit par ailleurs bien d’autres fonctions : ainsi les gaines :

  • captent la rosée matinale (même en période de canicule, il y a une grande condensation sur le terrain) et l’eau ruisselle jusqu’au pied de l’arbre paillé,

  • font ombrières par temps ensoleillé,

  • freinent le vent,

  • permettent aux oiseaux de se percher en haut de la graine et d’apporter par leurs déjections de l’azote et de semer des graines tout autour de l’arbre.


Pour implanter les arbres, la première année les plants ont été achetés dans une jardinerie forestière. Des plants de 30cm à peine afin que les arbres grandissent en tenant compte de leur biotope et s’y adaptent (sol, vents, exposition, climat, pluies...).


Il y a très peu d’arbres fruitiers, à peine une dizaine non greffés pour la plupart, car pour passer d’un champ de maïs cultivé à la forêt il faut penser à la succession écologique. Voici 400 millions d’années que la forêt s’installe selon les mêmes étapes.

D’abord sur la prairie, par les bords, des arbustes et arbres fixateurs d’azote vont s’installer pour rendre le sol propice à accueillir ensuite la forêt climacique au bout de quelques siècles. Pour accélérer le processus, il est recommandé de planter en jardin forêt en premier lieu ces fixateurs d’azote, qui vont servir d’engrais pour le sous sol, créer de l’humus avec leurs feuillages caduques, leurs branches mortes ou taillées et à cueillir la faune, tout en créant de l’ombre et des refuges.

Ainsi il a été décidé de planter avant les fruitiers, des arbres pionniers de la forêt :

  • les aulnes, ils poussent très vite ici, plus d’un mètre par an car ils apprécient le terrain argileux et les racines sont dans l’eau plusieurs mois par an.

  • les bouleaux, même s’ils sont parfois allergisants, ils poussent également très rapidement et feront une ombre légère pour les arbres plantés ultérieurement. Ils abritent une grande variété d’êtres vivants

  • les paulownias, poussent très vite, créent une biomasse très importante chaque année pour enrichir l’humus, ils supportent les grandes sécheresses, et sont mellifères

  • les argousiers, les oliviers de Bohème, les eleagnus ebbingei, sont des arbustes fixateurs d’azote qui vont en plus de fournir des petits fruits, freiner les rafales de vents


En plus de ces quelques essences, la nature contribue aussi à développer l’expansion de genêts à balais et ajoncs, qui restructurent le sol tout en offrant protection aux jeunes châtaigniers, chênes, bourdaines, aubépines semés par la faune sauvage, contre l’appétit vorace des chevreuils.


Laurent a tracé les allées les plus empruntées sur les 3 ha, il a planté des piquets tous les 10 m, y a mis des ficelles afin que les oiseaux du champ puissent s’y percher et ré-ensemencer de multiples arbres en déposant leurs déjections pleines de graines le long des allées (bourdaines, chênes, châtaigniers, noisetiers, pruneliers....)


Les allées ont montré une utilité supplémentaire cet été lorsque les couleuvres se prélassaient tranquillement dans la praire. Le fait de limiter les déplacements aux espaces débroussaillés, leur ont permis de continuer à bronzer tranquillement dans les zones 5 et aux promeneurs de ne pas leur marcher dessus par inadvertance.

Il est important de préserver la bonne santé de nos couleuvres, car elles chassent les rats taupiers qui pourraient importuner le système racinaire des jeunes arbres. Sabine et Laurent n’ont pas spécialement peur de leur prolifération non plus, car deux couples de circaètes Jean-le-Blanc ont élu domicile au sud et au nord du terrain. Leur proie de prédilection est le serpent. Une auto régulation se fait naturellement sans intervention humaine.


Le champ étant très argileux, qu’il y a de l’eau et de la paille, Sabine a eu l’idée de commencer une construction en terre paille qui servira :

  • d’abri pour du matériel,

  • collectera l’eau de pluie pour la déverser dans la mare située à proximité,

  • permet d’expérimenter cette technique d’eco-construction vue sur YouTube .

Pour faire du terre paille il faut disposer d’argile bien tamisée, or pour se faciliter la tâche, prélever les mottes des rats taupiers, permet d’obtenir une argile très propre, dénuées de racines et de cailloux. C’est l’idéal pour le terre paille, même si les rats taupiers sont peu ravis de cet usage !


À ce jour le projet progresse à la vitesse de croissance des arbres. Le jardin forêt ressemble plus à une prairie traversée par des allées de gaines anti chevreuil, l’ombre des arbres est encore inexistante.

Choisir des arbres petits était un choix qui repose sur plusieurs arguments :

  • planter un petit arbre c’est planter un arbre dont le volume racinaire correspond au volume aérien. Il pourra poursuivre sa croissance normalement sans être dans un besoin énorme d’eau qu’un tout petit système racinaire ne pourrait pas lui apporter les premières années. Surtout dans un terrain lourd.

  • planter un petit arbre c’est lui permettre de s’adapter à son biotope dès ses premiers mois de vie, il fera ses racines selon l’intensité et la direction du vent dominant, il orientera ses racines dès le départ vers l’humidité du sol. Il fera ses branches selon les contraintes de son environnement, il n’aura pas de stress lié à un mode de vie vécu en pépinière longtemps avant d’être livré à lui même dans un champ sans arrosage et engrais quotidiens. Ces petits arbres ne peuvent pas être arrosés chaque semaine. 5l d’arrosage par mois leur suffit pour affronter la chaleur estivale (avec un très fort paillage). Un grand arbre nécessite un seau hebdomadaire minimum. Ce qui n’est pas envisageable pour les 530 arbres actuellement implantés. L’expérience montre que l’écart des tailles entre grands arbres de pépinière et petits arbres se rattrape en trois années environ.


Il faudra attendre encore 4 ou 5 ans avant d’installer nos hamacs à l’ombre fraîche des arbres et quelques années supplémentaires pour récolter fruits et substances médicinales.

Un jardin forêt, c’est une autre échelle de temps, qui va un peu à contre courant de notre époque où tout va frénétiquement vite. Ce projet est en phase d’implantation, il nécessite un grand travail d’installation pendant 2 ou 3 ans encore, plantation à l’automne, paillages, arrosages, grainages...

Si des personnes sont intéressées pour planter des arbres cet automne pendant un week-end, Sabine et Laurent seront ravis de les accueillir et de répondre à toutes leurs questions !


En attendant l’automne, nous tenons à remercier chaleureusement Mélanie des Jardins Reconnaissants pour avoir initié et organisé cette très belle journée, et nous remercions aussi énormément toutes les belles personnes que nous avons eu le bonheur de rencontrer ou de retrouver. Ce moment de partage et de bonne humeur nous a apporté bien du bonheur qui a pris de surcroît une ampleur supplémentaire après ces longs mois de confinement. Rencontrer des amoureux des arbres nous redonne aussi espoir en l’avenir, notre résilience passera sans aucun doute par le secours des arbres. C’est ce que nous croyons en tout cas."



L'équipe des Jardins Reconnaissants vous invite à vous inscrire sur le site de l'association, ainsi, vous serez informés de nos futures sorties et peut-être nous retrouverons-nous chez Sabine et Laurent pour planter quelques arbres !

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